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MARC JOLIVET

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« Décharge d'adrénaline ! »

"Vaisselle cassée, pan ! pan ! fessée... Vaisselle foutue, Pan ! Pan ! Cul ! Cul !" chantonne la petite Camille, dans les bras de Marc Jolivet. Entre "Gnou", il n'y a pas la langue de bois. Même pour un écologiste dans l'âme...C'est plutôt du rentre-dedans pour la bonne cause : la critique ! L'interview se transforme en débat, mais pas en ébats que l'on se rassure... Marc Jolivet a le mérite de contenir mes assauts textuels. J'aurais dû refuser sa tasse de café, car je démarre toujours au quart de tour après l'absorption de ce breuvage.

Qu'est-ce qui vous enfièvre le plus, pour monter sur scène : le cachet ou le suppôt de l'égo ?

M.J : Ni l'un, ni l'autre, un peu de l'un, un peu de l'autre. Surtout le côté sportif, j'ai besoin de décharger l'adrénaline.

Vous en avez vraiment besoin ?

M.J : Absolument ! Sinon, il faudrait que j'abatte des arbres.

Euh... pour un écologiste, ça la fout mal.

M.J : Ah ! Ah ! Ah ! Il y a des endroits ou il faudrait abattre du béton, des immeubles.

Lors des grèves de décembre 1995, avez-vous eu une extinction de voix ou planquiez-vous vos choux-fleurs dans une banque suisse ?

M.J : Moi, j'ai voulu parler, mais on ne m'a pas laissé le faire.Le problème, c'est que les comiques comme vous, ou d'autres, critiquent à longueur d'année à travers des sketches, notre comportement de "Gnou".

En décembre 95, les gens se sont réveillés. Et là, côté comique, il n'y avait plus personne.

M.J : Vous avez tout a fait raison. On a laissé les comiques s'exprimer sur des choses gentilles. J'aurais eu l'émission "les AJT" , j'aurais pris position pour les grévistes, les routiers. Soyons clair ! Je trouve que c'est inadmissible ! L'endroit où j'habite, je paye un crédit comme un loyer. L'autre jour, on me dit : vous êtes le seul à dire combien vous gagnez. Peut-être est-ce parce que je gagne suffisamment et normalement que je n'ai pas honte de le dire. La vespa est à moi. Cette maison où je vous reçois appartient à une banque, à qui je règle 10 000 F de loyer par mois. L'endroit me sert de bureau et d'appartement. J'ai un crédit sur 12 ans. Ma voiture de société, une Volvo de 1990 m'a coûté 120 000 F. Je m'en sers encore pour mes tournées. Je paye moi-même mes spectacles. Je suis endetté. Tous les soirs, la recette sert à payer les dettes. Je baisse mon cachet. J'espère toucher 1500F par soir. Je n'ai pas de compte en Suisse.

Vous êtes indépendant, alors ?

M.J : Oui ! Je continue à faire des petites salles de trois cents places qui m'avaient accueilli il y a une dizaine d'années. Je casse les tarifs que je pourrais surévaluer. J'ai une politique globale que j'applique, même si cela est parfois difficile. On dit : t'as Jolivet pour 25 000 F, comment ça se fait ? Bah ! Le type de la salle lui a rendu service. Les mauvaises langues sous-entendent : 25 000 F, c'est qu'il n'est pas bon le Jolivet. Les autres sont à 100 000 F.Je vous ai vu sur scène à trois reprises.

Je vous trouve moins percutant. Qu'est-ce que vous dites de ça ?

M.J : Je l'ai entendu. Je considère que c'est faux. Maintenant, je joue davantage mon rôle d'humoriste qu'auparavant. Par exemple, au lieu de dire à un patron : vous êtes un enculé ! formule au 1er degré... Il y a le second degré : si je puis me permettre, Monseigneur. La sodomie pratiquée tous les jours sans vaseline sur vos employés est peut-être une méthode qui vous lassera. J'ai la sensation que la deuxième expression me semble plus percutante.Que la première ?M.J : Je ne suis pas d'un tempérament méchant. Je vais où je veux. Je conçois que certaines personnes soient déçues et qu'elles me trouvent moins mordant. Qu'elles aillent voir Bedos.

C'est normal, vous n'êtes pas à votre 1er one man show. A la longue, on peut peut-être s'essouffler.

M.J : Certainement ! Mon spectacle est plus théâtral. J'en fais moins sur la politique étrangère. J'ai plus envie de dénoncer la déshumanisation de notre société."Gnou" fait moins de rentre-dedans. Il faut dire que j'en ai vu tellement de comiques sur scène.

Il y a peut-être de ma part une lassitude.

M.J : Et un besoin que je ne comble pas. Ah ! Ah ! Ah ! C'est exactement ça. Les gens ont tellement envie de voir un type qui dirait : Putain ! Il y en a marre. (Marc Jolivet, les poings serrés gigote sur le tabouret). Quand je dis sur scène : "Peuple de Gnous, réveille-toi, l'heure de la révolte a sonné. La savane nous appartient. La chasse aux dahus et aux puddings est ouverte. Révoltons-nous. Il faut tuer le Gnou, cette bête immonde qui sommeille au fond de nous. Il y a du docteur Jekyll et du Mister Gnou". Si ma satire n'est pas claire avec le vocabulaire que j'utilise... Je n'ai jamais été aussi violent. Simplement, j'adoucis le propos car je reste dans la comédie.On pouvait s'attendre à toute une épopée sur le "Gnou".

Entretien publié dans l'hebdomadaire "Média Pub" le 27 février 1997.

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Extrait du livre "Les Rencards de Phil Marso" (Editions Megacom-ik - Disponible en librairie)

© MEGACOM-IK & Phil Marso / 2001 -

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